Kashiri
Par iri, lundi 15 octobre 2007 à 23:04 :: Voyages :: #13 :: rss
Kashiri s'ennuyait dans l'Inkite, le ciel de tout en haut où même les étoiles étaient encore absentes. Sur Terre, les hommes mangeaient de la terre sans se plaindre, bien au contraire.
Cependant, Kashiri, l'astre lunaire, descendit le fleuve Meshiareni à la vigueur de ses bras pour rejoindre l'Oskiaje, là où s'unissent la Terre et les mondes du ciel, là où se meuvent les monstres, là où finissent tous les fleuves. Il s'éloigna et rencontra une Machiguenga chantant et tissant. Celle qui allait à la fois lui apporter le bonheur et le malheur.
Pour la séduire, Kashiri lui montra le manioc et la banane qui devint dès lors la nourriture de base du peuple Machiguengas. De là est issu aussi le masato, un alcool de manioc, dont les Seripigari s'abreuvent lors de leur tournis en accompagnement de l'ayahuasca. Leurs âmes peuvent ainsi sortir par leur haut de leur tête et entrer en contact avec les mondes d'en haut.
Tasurinchi accepta que l'astre lunaire emporta sa fille dès que celle-ci eut saigné pour la première fois. Alors, le jour venu, lavée et peignée, elle put être sa femme. Naquit bientôt le Soleil, qui, en grandissant, allait éclairer et chauffer le monde.
Cependant, une autre jeune fille, sans doute un Itoni des ténébres d'en bas, un démon pervers désormais métamorphosé en colombe, lui joua un mauvais tour.
Jalouse du bonheur de Kashiri, il alla se planter sur le chemin de Kashiri pour déféquer. Lorsqu'il arriva, elle plongea les mains dans ses excréments et en barbouilla le visage de la Lune avant qu'il ne put réagir. Honteux, Kashiri rejoigna l'Inkite mais sa lumière reste éteinte sous les taches indélibiles. Pour aider le Soleil qui est donc fils d'une Machiguenga à ne pas tomber et à se relever tous les matins, le peuple Machiguengas marche depuis ce moment là. Depuis toujours.
Mais le Seripigari de Segakiato raconte l'histoire autrement.
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"L'homme qui parle", (El Hablador), Mario Vargas Llosa, 1987 Les Machiguengas sont un peuple de la forêt amazonienne péruvienne, de la région du haut Urumbaya notamment dont ni les Incas ni les Conquistadores n'ont pu intégrer dans leurs empires car nomades (ils doivent toujours être en déplacement pour aider le Soleil) et en parfaite harmonie avec la forêt. |



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